Ils ont aujourd'hui dépassé la cinquantaine et sont environ deux cents à être toujours installés dans la région. Et pour rester, ils ont du s'adapter, laisser de coté une partie de leurs rêves pour contribuer à l'évolution d'Ambert. « Ceux qui ont conservé leur envie d'absolu ont échoué, ils ont du renoncer pour garder leur rêve intact, souligne Mr Marchand, intervenant et auteur d'une étude sur les néo-ruraux publiée par le GRAHLF, pour rester, il fallait entrer dans le temps et en accepter les contraintes. En fait, les néo-ruraux étaient en quête d'un refuge devant un monde dans lequel ils ne se sentaient pas aptes à vivre ».
Le Passe-Montagne, journal trimestriel publié de 1981 à 1983 par des néo-ruraux bénévoles, est un témoignage humoristique de leur démarche. « Ils ne se prenaient pas au sérieux, n'étaient pas là pour changer la face du monde ». Pour Mr Marchand, ceux qui sont restés ont cherché des racines pour perdurer tout en ayant la volonté de s'ouvrir sur le présent et le futur. Et leurs combats, entre autre contre le nucléaire, correspondaient à l'air du temps.
Pour ce qui est de l'intégration de ces nouveaux venus, la chose n'a pas toujours été simple, ils ont d'abord souvent suscité un regard amusé de la part des gens « du cru » qui voyaient leurs enfants partir en ville pour « réussir » et comprenaient mal l'arrivée de ces gens qui n'obéissaient pas aux règles de vie habituelles: horaires réguliers, vie rythmée par le travail. Les différences culturelles, qui se sont atténuées avec le temps, ont donné l'impression aux natifs de la région qu'on voulait leur donner des leçons. Et comme le souligne Janine, arrivée il y a près de quarante ans, « la volonté d'intégration, on ne l'avait pas à fond !». Mais le regard de la population était plutôt amusé, la méfiance venant plus des cadres administratifs…Force était pourtant de constater que les néo-ruraux permettaient le maintien de nombreuses écoles de village, qu'ils apportaient du sang neuf et aussi des idées nouvelles.
Aujourd'hui, les néo-ruraux aimeraient tirer un trait sur cette appellation qu'ils trouvent quelque peu dépassée. « Ca fait plus de trente ans que je vis et que je travaille ici, je suis d'ici, précise Vincent ». Pourtant après les néo-ruraux, voici venus les nouveaux néo-ruraux, hollandais ou britanniques pour la plupart, et fraîchement installés dans la région. La population turque devrait aussi être intégrée dans ce nouveau mouvement mais pour les organisateurs, il est difficile de convaincre ses membres de participer au débat qui aura lieu le 29 avril, toujours à l'initiative de l'Université Populaire.