« Il y a trente ans qu'on a décidé de fermer les frontières et ensuite, avec les lois Pasqua et Chevènement, on a rendu de plus en plus difficile l'accès à notre pays. On a aussi jeté le soupçon sur l'immigré. On peut parler de lepenisation des esprits ».
Emmanuel Bouhier, animateur du débat, annonce tout de suite la couleur : depuis 2003, année de l'arrivée de Nicolas Sarkosy au ministère de l'intérieur, le nombre des expulsions est en augmentation constante : 18 000 en 2003, 20 000 en 2004 pour arriver aujourd'hui à 26 000 voire 27 000 expulsions annoncées. La démarche est habile, on n'est pas contre l'immigration mais pour une immigration choisie. Cette politique va conditionner le fonctionnement de la machine administrative, on multiplie les procédures, et même si nombre de jugements sont cassés (on arrête les expulsions, on fait sortir les gens des centres de rétention) les gens ne sont pas régularisés pour autant. La politique du chiffre est une atteinte au droit d'asile. L'OFPRA (office français de protection des réfugiés et apatrides) dépendait du ministère des affaires étrangères, il dépend aujourd'hui du ministère de l'immigration…On considère donc le droit d'asile comme une voie d'immigration et non comme un devoir de protection. On a crée la notion de « pays sûr », les Nations Unies ont établi une liste et la France a rajouté la sienne, c'est ainsi que le Sénégal, l'Inde et Madagascar sont des pays sûrs. Pourtant le conflit en Casamance n'est pas terminé… « Si vous venez d'un pays sûr, la demande de droit d'asile est examinée en priorité, rapidement, mais souvent, on ne vous convoque pas, vous ne pouvez pas défendre votre cas. D'autre part, il faut savoir qu'à l'OFPRA, de plus en plus d'agents sont contractuels, en CDD, ce qui permet de leur mettre le pression (les statutaires sont fonctionnaires), ils doivent justifier un accord alors qu'avant ils devaient justifier un refus ».
La Cimade est la seule ONG à pouvoir aller dans les centres de rétention pour apporter une aide juridique mais le gouvernement voulait casser cette habilitation pour cause de concurrence déloyale envers les avocats ! Le syndicat de la magistrature a démenti toute plainte à ce niveau.
Notons que le nombre de places dans les centres de rétention a doublé depuis l'arrivée de Nicolas Sarkosy au gouvernement. La mesure de rétention devait être exceptionnelle et provisoire (faute d'avion), mais le délai de rétention est passé de 12 jours en 2003 à 32 aujourd'hui. Il est question d'aller jusqu'à six mois…Pour expulser une personne, il faut que son pays d'origine le reconnaisse comme ressortissant. « Le centre de rétention est un lieu de privation de liberté » précise E. Bouhier. Pour l'instant, une personne qui sort d'un centre de rétention au bout de 32 jours est « lâché dans la nature sans papiers ». Depuis peu, on a vu apparaître la présence d'enfants dans les centres de rétention, qui sont maintenant équipés à cet effet.
En quatre ans, trois lois sur l'immigration sont passées, « c'est de l'homéopathie politique, pourquoi faire passer une loi liberticide en une fois ? » Pour le regroupement familial, on demande maintenant un logement plus grand, plus de revenus. Jusqu'à ce que le regroupement devienne impossible. « On n'est plus dans l'idéal républicain. »
On veut une immigration choisie, des gens qui travaillent, donc le droit de séjour est déterminé par l'emploi.
Le but de la Cimade est d'informer pour diminuer les peurs envers les immigrés, de susciter le débat. Emettre des propositions pour une immigration « lucide et réfléchie ». Les actions collectives ont aussi leur place, certains maires refusant la cantine aux enfants sans papiers ou contestant un mariage mixte… « Il faut multiplier les actions de sensibilisation, avec la parution d'un guide, des ateliers d'argumentation ».
Comment répondre quand on nous dit : « ils nous piquent notre boulot, et ils ont tous les droits ! ». Déjà, il faut préciser qu'un immigrant quitte rarement son pays par plaisir, il y est contraint pour des raisons économiques, sociales, par la guerre ou l'oppression, il ne vient pas pour profiter des avantages du pays d'accueil. Un déracinement est toujours douloureux.
« Ils ne nous envahissent pas, ils n'ont pas tous les droits, ils ne nous prennent pas notre travail, ils ne sont pas tous délinquants, ils ne sont pas si différents et leur différence est une richesse… »